Soupçons de blanchiment d’argent : Crown Resorts dans la tourmente

Pour la première fois depuis 1998, la planète poker a été privée d’Aussie Millions cette année. Il ne s’agit toutefois que d’une petite péripétie en comparaison des autres déboires vécus par Crown Resorts depuis quelques mois. Sur un plan strictement économique d’abord, l’impact de la pandémie a été majeur puisque le groupe a enregistré 87 millions de dollars de pertes au second semestre 2020, soit un plongeon de 155 % en comparaison de l’exercice précédent.

Mais l’essentiel n’est plus tout à fait là. En novembre, l’entreprise s’est retrouvée au centre d’articles de presse peu glorieux. Leur objet ? Durant plusieurs mois, certains casinos auraient été utilisés à des fins de blanchiment d’argent au profit de joueurs chinois fortunés et liés au crime organisé. Le Figaro évoque “une affaire digne d’un polar” et dresse un tableau assez glauque de l’origine des fonds : “traite d’êtres humains, trafic de drogue, terrorisme ou exploitation sexuelle d’enfants“.

La pression s’est intensifiée sur le groupe en début de semaine. Comme le résume cette dépêche Reuters, le régulateur local a en effet ouvert la porte à un retrait de la licence de jeu détenue par Crown Resorts. Une perspective à laquelle se refuse bien évidemment la direction du groupe par la voix de sa présidente par intérim Helen Coonan : “Soyons clairs : il va y avoir beaucoup de changements. Des changements réels et profonds. Tous les membres du bureau sont déterminés à réformer“.

Alors qu’une procédure d’audit reste en cours, quatre démissions ont déjà été annoncées au sommet de l’organigramme, dont celle de l’ancien PDG Ken Barton ce lundi. Les têtes de quelques subalternes ne suffiront toutefois pas. Les autorités australiennes laissent ainsi entendre par voie de presse que le propriétaire du groupe James Packer serait bien inspiré de se mettre en retrait.

L’hypothèse d’une vente ne saurait donc être écartée, d’autant que le milliardaire avait déjà fait part de velléités de cession ces dernières années. En 2019, Wynn Resorts avait formulé une offre de rachat de dix milliards de dollars avant de se raviser. Quelques mois plus tard, James Packer avait cédé près de la moitié de ses parts à Lawrence Ho, principal héritier de l’empire Stanley Ho et propriétaire de Melco Resorts. L’alliance avait néanmoins tourné court : après une enquête du régulateur de Nouvelle-Galles du Sud visant à déterminer si Melco cochait toutes les cases pour entrer au capital de Crown, le groupe avait été amené à vendre à perte ses parts fraîchement acquises au fonds d’investissement Blackstone. Si repreneur il devait y avoir, il serait donc à chercher dans une autre direction.

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